Fernand Magellan, l’histoire de son expédition aboutissant à la première circumnavigation autour de la Terre.

Nous sommes au début du 16ème siècle, deux grandes puissances maritimes, l’Espagne et le Portugal, se partagent le nouveau monde afin de prévenir de futurs conflits lors de l’exploitation des territoires étrangers. Le Pape Alexandre VI décerne à l’Espagne le droit de s’approprier les richesses situées à l’ouest de l’archipel des Açores. Tandis que celles situées à l’est en Afrique et en Asie reviennent au Portugal. 

Néanmoins, une âpre querelle divise toujours les deux royaumes au sujet des Moluques, nommés également les îles aux épices. Les espagnols ne peuvent pas s’y rendre car la seule route connue pour y accéder traverse l’Océan Indien qui est contrôlé par les portugais. 

C’est l’époque des grandes découvertes. Nous avons déjà Cristophe Colomb qui a découvert l’Amérique pour le Royaume de Castille. Puis il y a aussi Vasco de Gama qui a ouvert la route des Indes pour le Royaume de Portugal. Cela crée une lutte sans merci entre les deux puissances maritimes occidentales. C’est à partir de là que des biens tels que les épices acquièrent une valeur stratégique inestimable. Celui qui contrôle la route des îles aux épices est le maître du monde. 

Vers 1480, Fernand Magellan est né dans une famille de la petite noblesse portugaise. Magellan est devenu officier de marine au service de la couronne portugaise en Asie. Il essuie un refus du roi Manuel Ier du Portugal  de soutenir son projet d’atteindre l’Inde par une nouvelle route, en contournant l’extrémité sud du continent sud-américain. 

À Valladolid, résidence des rois de Castille, Charles Quint monte sur le trône d’Espagne en 1516 et il souhaite consolider son pouvoir. Il a donc bien évidemment des vues sur les richesses des territoires du nouveau monde. Il se livre contre une course contre le Portugal dont l’enjeu est la domination des sept mers. 

Magellan se tourne donc vers l’Espagne, pour financer son expédition jugée inutile par le Portugal. Le 10 août 1519, une flotte composée de cinq navires et de 270 hommes quitte le port de Séville. Ils partent donc vers l’inconnue en choisissant de partir vers l’Ouest. 

Après deux mois de navigation, la flotte atteint l’Amérique du sud, Magellan décide de continuer vers le sud en longeant la côte. Il recherche un passage vers l’ouest. Chaque baie qu’ils trouvent sur leur chemin est susceptible d’être l’entrée d’un passage qui mène de l’autre côté. 

Au cours de sa quête, ils pénètrent dans le Rio de la Plata. Ils ne savent pas à ce moment-là qu’ils ne sont plus en mer mais qu’ils naviguent sur un fleuve. Lorsque Magellan comprend son erreur, ils font demi-tour, mais cette erreur met l’équipage sur les nerfs et les doutes s’installent. Magellan doit faire face à une mutinerie qu’il parvient à calmer. Cela fait maintenant six mois que la flotte a quitté Séville mais ne semble pas se rapprocher de son but. 

L’hiver austral fait rage et les navires ne parviennent plus à avancer. C’est à ce moment qu’ils découvrent un estuaire non répertorié à l’abri des vents. Fernand Magellan le nomme “Puerto San Julian” (actuellement en Argentine). C’est une baie tranquille, qui leur offre un abri sûr durant toute la période de l’hiver austral. Ils ont accès à de l’eau douce et du poisson. 

Fin août 1520, l’hiver étant fini, ils reprennent leur route à la recherche du passage. Les hommes d’équipage ne croient plus en la réussite de l’expédition. Cependant, c’est à ce moment-là que Magellan trouve l’entrée d’un détroit, il reprend espoir. Le détroit est une sorte de labyrinthe aquatique inextricable. Pendant plus d’un mois, ils vont errer dans le détroit à la recherche de la sortie. Le passage du détroit, si étroit, commence à s’élargir pour une surface d’eau qui s’étend à perte de vue. C’est la découverte de Magellan et c’est grâce à sa ténacité que ce passage fut découvert. Il sera nommé “le détroit de Magellan” en son honneur. Ce dernier a réussi à prouver qu’il existe bien un passage entre l’Atlantique et le nouvel océan. Une route permettant d’accéder aux richesses de l’Asie sans passer par l’océan Indien. 

À ce stade de l’expédition, Magellan était persuadé que les Moluques ne sont plus très loin. Malheureusement, il ne sait pas que devant lui s’étend le plus vaste océan de la Terre. Il le qualifie de “pacifique” en raison de la tranquillité de ses eaux. À ce moment du voyage, il ne reste plus que trois navires sur cinq. Un ayant coulé lorsqu’ils longeaient le continent Américain vers le sud. 

Un autre ayant décidé de faire demi-tour dans le détroit pour rentrer en Espagne, ne croyant plus en la réussite de l’expédition. Les trois navires restants entament alors une pénible traversée. Les jours se succèdent, puis les semaines et enfin les mois sans aucune trace de terre à l’horizon. Il devient urgent de trouver un endroit où accoster pour se ravitailler. Ils n’ont plus de vivres et l’eau est croupissante. Les marins se font décimer par le scorbut, un par un. 

Après 4 mois difficiles, ils trouvèrent des îles et purent se ravitailler.  Cela fait 1 an et demi que la flotte a quitté l’Espagne. Ils partirent à la recherche des Moluques, mais tombèrent sur un archipel d’îles qu’on nommera plus tard les Philippines, le 16 mars 1521. Ils y restent 1 mois et demi. En Europe personne ne connaît l’existence de cet archipel. Fernand Magellan en prend donc possession pour Charles Quint et pour lui-même. En effet, le roi lui a octroyé le droit de prendre un pourcentage des gains qu’il trouverait pendant cette expédition. 

Magellan et son équipage allèrent donc sillonner l’archipel, afin d’annexer autant d’îles que possibles pour détenir le plus de richesses et pouvoir possible. Ils sont guidés par des insulaires car les eaux autour de l’archipel peuvent se révéler dangereuses lorsque l’on ne connaît pas. Magellan se lie d’amitié avec les dirigeants locaux de l’île de Limasawa et, le 31 mars, y a tenu la première messe. 

Magellan avait converti pas moins de 2 200 habitants au christianisme, dont Rajah Humabon, le roi  de Cebu, sa reine et ses sujets. Il leur avait notamment offert en guise de remerciement la désormais célèbre statuette du Santo Niño, l’image de l’enfant sain, qu’il avait ramené d’Espagne.

Cependant, Lapu Lapu, le chef de Mactan, a résisté à la conversion ce qui s’est traduit par la défaite des espagnols lors de la bataille de Mactan, le 27 avril, et la mort de Magellan, tué par une flèche (ou une lance) empoisonnée. 

Après la mort de Fernand Magellan, l’expédition reprend sous le commandement du Capitaine Juan Sebastián Elcano. Il ne reste à présent que deux bateaux, le 3ème ayant pris feu dans l’archipel. Les deux navires restants prirent route vers les Moluques et remplirent leurs cales d’épices et de girolles qui se vendront à prix d’or en Europe. Les deux bateaux prirent deux routes différentes pour rentrer. C’est ainsi que le Victoria avec Elcano a son bord pris la route vers l’ouest (océan Indien), vers les territoires sous contrôle portugais. Alors que le second reprit le chemin par lequel ils sont arrivés. 

Le Victoria contourna le continent africain en passant bien au large des côtes afin de ne pas se faire repérer par les portugais. Ils arrivèrent enfin à Séville le 8 septembre 1522 soit plus de 3 ans après son départ. Seulement une quinzaine d’hommes ont survécu à cette expédition. 

Fernand Magellan avait déjà atteint l’archipel malais en Asie du Sud-Est lors de voyages précédents, en voyageant vers l’est (de 1505 à 1511-1512). En visitant à nouveau cette région, prenant cette fois-ci la direction de l’ouest en quittant l’Espagne, Magellan a réalisé un tour du monde personnel presque complet pour la première fois de l’histoire.